De la police de « proximité » à la police « localisée »
12 Juillet 2007
Rédigé par Franck DENION et publié depuis
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En France, la sécurité publique demande constamment adaptation et rénovation. L’institution la plus touchée par ces ajustements est sans aucun doute la Police nationale. En
effet, avec quelques 170 360 hommes et femmes qui la compose, elle doit protéger le pays contre la menace extérieure et le terrorisme. Elle doit maîtriser les flux migratoires, lutter contre
l'immigration illégale, lutter contre la criminalité organisée, la grande délinquance et la drogue. Elle doit aussi assurer la sécurité des personnes, des biens, des institutions, et maintenir
l'ordre public.
Pour assurer la sécurité des personnes et des biens et maintenir l’ordre public, la Police nationale a constamment fait l’objet de modifications doctrinales et
organisationnelles. Le développement de la petite et de la moyenne délinquance multiforme et multiréitérante en est la principale cause. Avec le gouvernement Jospin et jusqu’en 2002, la Police
nationale a expérimenté une doctrine d’emploi particulière ; la police de « proximité ». Cette « police » censée répondre aux préoccupations des français et permettre une
baisse significative de la délinquance n’a pas totalement donné satisfaction. Pourquoi ? A-t-elle été mise en place trop rapidement ? Les policiers d’Etat étaient-ils prêts à accepter
ce changement fondamental ? Ou était-elle réellement efficace ?
La police de « proximité » a été généralisée sur l’ensemble du territoire. Installée sans tenir compte de la population, des moyens, des cultures, des
habitudes ni même des territoires, cette doctrine d’emploi, pourtant prometteuse, ne produisit pas les effets escomptés. En réalité, la délinquance s’enracina progressivement dans le pays sous la
pression d’une économie souterraine fructueuse. En 2002, nous comptabilisions alors plus de 4 100 000 crimes et délits.
La première réaction des autorités après la chute du gouvernement Jospin, ne fut pas de supprimer la police de « proximité » mais plutôt de répondre à la
délinquance par la mise en place de 29 Groupes d’Intervention Régionaux (GIR), de renforcer l’action des Douanes et d’adapter les lois et règlements sous l’angle de la répression. L’ambition
était de reprendrechaque centimètre qui a été abandonné par l’Etat (SARKOZY, 2003). Dans le même temps, dans les quartiers, aucun « service après-vente » n’est mis en
place pour suppléer l’absence de revenu qu’allait entraîner l’action de lutte contre cette économie souterraine. Rappelons que de très nombreuses familles vivent de cette activité criminogène.
Toujours en 2002, à Toulouse, c’est d’un « claquement de doigts » qu’est supprimée la police de « proximité » au motif que le rôle de la police n’est pas de jouer les assistantes
sociales. Les policiers nationaux font alors un retour rapide à l’investigation, à l’interpellation et au tout judiciaire. Aussi, les « évènements d’automne 2005 » ne sont-ils pas le
fruit perceptible d’un « bras de fer » entre l’Etat et la criminalité organisée ? Certaines filières de drogue qui alimentent nos cités n’ont-elles pas été éprouvées voire
annihilées par l’action des GIR ? Pourquoi subitement une explosion des vols avec violence ? Une réponse est peut-être à avancer : l’argent
de l’économie souterraine manque, il faut donc d’autres sources rapides de revenus : les sacs à mains, les portables revendus immédiatement 10 € (RINGUET, 2007)
!
De leur côté, les Polices municipales poursuivent progressivement une logique de « proximité » sans toutefois la conscientiser ni la conceptualiser
réellement. Elles adoptent presqu’instinctivement la doctrine de police de « proximité » mais adaptée et à géométrie variable selon des exigences de temporalité, de territorialité et de
délinquance conjoncturelle et structurelle. La police de « proximité » est-t-elle alors généralisable ? Ainsi, pourrions-nous nous interroger sur la variabilité de la police de
« proximité » ? N’existe-t-il pas une échelle de « proximité » pour la police ? Néanmoins, l’analyse des effets conjugués de tous ces aspects a certainement amené
Madame la Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités Territoriales à indiquer qu’elle souhaitait dorénavant installer une police « localisée ». Cette fois-ci, la donne
est totalement différente car nous passons d’une conception doctrinale de la police à une conception organisationnelle des forces de sécurité publique. Ainsi, nous parlerons de « polices
adaptées » dont la doctrine est ajustable en fonction des périodes, des territoires et des infractions constatées. Dans ces conditions, les policiers municipaux seront-ils capables de jouer
un rôle de premier plan au sein de cette nouvelle architecture sécuritaire ? Leur développement sera-t-il encouragé ou favorisé ?